Tout à fait ça. Une tempête sous un crâne. Je suis là... et pas là en même temps. Je suis au milieu de la foule, de corps seulement. Ma tête est ailleurs, comme dirait Saule et les pleureurs. Je suis déconnecté. Certains diront que j'ai les fils qui se touchent. Je n'ai plus qu'une envie. Rentrer. Quitter cette marée humaine. La pluie qui ruisselle sur me visage me fait du bien, pourtant. Je me vois déjà malade demain matin. Chouette. Une bonne occasion de rester au lit. De pas me montrer. De gamberger. Être bien malade, vous voyez? ça vous est jamais arrivé, enfant, de vouloir choper un chouette virus? Juste pour attirer l'attention sur vous? Moi, ado, je m'imaginais souvent en chaise roulante. Et tout mes potes de classe ( surtout les filles) viendraient me rendre visite, en me tapotant la main, avec le sourire de compassion des grandes occasions. Sur le chemin du retour, je longe la Meuse et ses quais. Une belle guirlande lumineuse d'appartements éclairés serpente le long des facades. Que font tout ces gens? Le jeune couple se blottit l'un contre l'autre. Une femme seule se blottit contre un gros coussin douillet. Un vieux chat pepere se blottit sur les genoux d'un petit vieux. Un enfant s'endort des rêves pleins la tête. Un homme seul s'endort des regrets pleins le coeur. Un banc, tiens. Seul sur ce banc, je profite de ce spectacle qui m'a toujours fasciné. Il pleut, mais je m'en fout. Personne pour me voir, de toute façon. Quand bien même, pendant les fêtes du 15 août, on voit de tout, non? J'ai toujours adoré me poser cette question de savoir ce que font les gens chez eux? Sont-ils plus heureux que moi? Certainement. Y a t-il des plus malheureux? Encore heureux ! Je sais que j'ai tendance à calimérer, mais n'exagérons pas. Une vie banale, une bête vie... "A simple life" comme dirait Paris et Nicole. Un peu comme dans "Le bagad de Lann Bihouë" de Souchon, vous voyez... Non? Allez, un petit rappel...
"Tu la voyais pas comme ça ta vie,
Pas d'attaché-case quand t'étais p'tit,
Ton corps enfermé, costume crétin,
T'imaginais pas, j'sais bien.
Moi aussi j'en ai rêvé des rêves. Tant pis.
Tu la voyais grande et c'est une toute petite vie.
Tu la voyais pas comme ça, l'histoire :
Toi, t'étais tempête et rocher noir.
Mais qui t'a cassé ta boule de cristal,
Cassé tes envies, rendu banal ?
Tu la voyais pas comme ça ta vie,
Tapioca, potage et salsifis.
On va tous pareils, moyen, moyen...
La grande aventure, Tintin,
Moi aussi, j'en ai rêvé des cornemuses.
Terminé, maintenant. Dis-moi qu'est-c' qui t'amuse ?
Tu la voyais pas ici, l'histoire.
Tu l'aurais bien faite au bout de la Loire
Mais qui t'a rangé à plat dans ce tiroir,
Comme un espadon dans une baignoire ?"
Voilà. Je me plains pas. Je m'emmerde, c'est tout. J'voudrais tant qu'il m'arrive un truc génial pour pouvoir le raconter à mes petits enfants. "Vas-y papy ! Raconte-nous encore une histoire!". Envie de les faire rêver, envie de les faire rire Pas un vieux papy ronchon à qui on présente les bons voeux "parce qu'il faut bien", parce que Papy Boulu "il est chiant", il dit jamais rien.
J'ai la dalle. C'est rare, pour l'instant. J'alterne depuis des années des périodes où l'idée de manger m'est insupportable et d'autres où je viderai un frigo en 5 minutes. Et là, tout y passe. Un vrai buldozer. Ma vie de célibataire ne m'apporte pas la joie ni l'envie de me faire des bons petits plats. Pour quoi faire? Pour qui? Même pas le plaisir d'entendre un chaleureux "merci merci.... C'est délicieux. " Alors, à quoi bon. Je mange par nécéssité, pas par goût ou envie. Mon frigo est rempli de trucs qui ne nécéssitent aucune préparation. Mais pas de conserves, par exemple ! ça non ! On n'est pas des sauvages! Moi, c'est plutôt un ravier de taboulé, des tranches de roti, une préparation de légumes. Hop, c'est préparé en 5 minutes, mangé en 10, et lavé en 3 minutes. Qu'est-ce qu'on peut être pourri quand on est seul. Moins on en fait, moins on a envie d'en faire.
Je suis chez moi, enfin rentré. Trempé comme une canne. J'adore entendre les miaulements de mon chat derrière la porte. Ca rassure, je trouve. Finalement, j'ai quand même quelqu'un qui m'attend. Et toujours content de me voir rentrer, en plus ! J'ai la sensation de lui parler comme à un être humain. "Ouiiii, c'est moi, ma chérie. Je suis là, oui. Je suis rentré".
Pourquoi suis-je donc rentré? Sur un coup de tête, comme ça. Alors que j'étais entouré de personnes que j'apprécie. Pourquoi cette envie de quitter cette agitation, ce bruit? Pourquoi me sens-je encore une fois pas à ma place dans ce monde ? J'ai l'air d'être comme un cheveu dans la soupe... Un albatros, comme dirait Baudelaire ! Même si je n'ai pas la prétention de me prendre pour un poête maudit...
"Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher."
La prochaîne fois que je vais voir un concert, je prends des bouchons. Juré! J'ai les oreilles qui bourdonnent à mourir. La gauche a l'air bouchée, comme après le passage dans un tunnel. Et la droite, j'ai l'impression de me prendre pour Super Jamie. Comme si le moindre son était décuplé. Assez désagréable, j'avoue. Bon, je reviens... Je vais mettre mon pyjama. Tour ça au son d'un bon Odyssey "going back to my roots" qui passe à l'instant sur Zi-one, la web radio que j'écoute tout les soirs !
J'adore ce style de musique. Quel pied ! Mais pour moi tout seul. Pour me trémousser à mon aise dans mon coin. Allez, pyjama !
Voilà, je suis en tenue. Pas envie du tout d'aller me coucher. Quel paradoxe, quand même, que tout ça ! Je crie au et fort que je hais la solitude, qu'être seul est une vraie punition divine et pourtant.. pourtant, je suis là, tout seul, devant mon pc, à écouter Eric Carmen et son "all by myself". Ils le font exprès, ou quoi, sur cette radio?? "La solitude, ça n'existe pas", comme dit Becaud :
"Chez moi il n'y a plus que moi
Et pourtant ça ne me fait pas peur
La radio, la télé sont là
Pour me donner le temps et l'heure"
Je suis bien, là. A la lumière de mon halogène. C'est doux, c'est feutré, c'est rassurant. Je jette un coup d'oeil par la fenêtre. Non, il ne pleut plus. C'est déjà ça. Les joyeux fêtards que j'ai laissé là se sentiront mieux pour finir la soirée. De toute façon, dans ces trucs là, c'est pas moi qui amène l'ambiance. Et ça, ils le savent tous !
Bon.... Au lit or not au lit ? Ca vaut peut être mieux que de vous saouler avec mon monologue sans queue ni tête!
A bientôt !!!
P.s :"Don't say goodnight tonight", me chante Mc Cartney, tiens !! Un signe....