Les joies de la langue
Pas facile, dans un petit pays comme le nôtre ( ou comme le mien, si des amis de l'étranger me lisent), d'être capable de jongler adroitement avec les différentes langues (officielles ou non), les patois (compréhensibles ou pas). Pas facile non plus, pour un non-initié, de différencier un accent d'Hasselt d'un de Bruges, un accent de Charleroi d'un d'Eupen.
Dans mon boulot, je vous assure qu'on en rencontre un paquet. Et un fameux! Misère de misère ! Aussi bien en Wallonie qu'en Flandre.
Quand vous voyez monter à la gare de Gouvizy-les-Bains-de-Pied, un petit vieux, casquette vissée sur le crâne, qui vous lache un "Schroblognognodidjudiju", que faire? Sourire bêtement, faire répéter, faire semblant qu'on a pigé et confectionner un billet au pif, simuler un truc urgent à faire en lachant un convaincant " Heu... Je reviens!!"...
De plus en plus souvent, nous sommes également confrontés à une clientèle du "mon dentier" ( comme dirait Bibi). Des Japonais, des Allemands, des Américains, des Sud-Américains... Bref, un peu de tout. Nous voilà donc contraints et forcés de trouver un terrain d'entente, qui passe souvent par la case "Je parle Anglais sans peine avec la méthode à 6000"(C'est la moins chère).
Une anecdote qui me fait toujours marrer. Un collègue qui se trouvait aux alentours d'Anvers se voit accosté par un voyageur. Le type baragouine quelque chose dans la langue de Vondel. Mon collègue, pas tip-top linguiste, se voit obligé de trouver un truc à répondre. Comme la plupart des voyageurs demandent systématiquement une correspondance, le voilà qui répond un beau " In Lier overstappen, spoor 3" ( Changez à Lier, voie 3). Le voyageur le regarde un peu étonné. Et le collègue de répéter "In Lier overstappen, spoor 3". De nouveau, un peu plus d'incrédulité chez le navetteur... Le contrôleur se sent un peu mal à l'aise, sûr qu'il est de commettre un impair.
Soudain, un autre voyageur, lisant tranquilement son journal, s'adresse à lui dans un français impeccable : "Monsieur vous demande si vous faites grève demain !!"
Une autre histoire me revient en mémoire, tiens. Que ceux qui la connaissent ne m'en tiennent pas rigeur, j'adore la ressortir.
Adolescent, j'ai passé tous mes étés à la mer du Nord. Tous les soirs, la tradition voulait que nous nous promenions sur la digue. Entre les cuistax, les vélos, les petites familles telles que la nôtre, il n'était pas rare de tomber sur des petits groupes de Péruviens, qui nous faisaient la totale. Avec un matos digne des plus grands groupes, ils vous jouent tous les airs que l'on retrouve dans toute bonne pub pour du café, espérant vendre leurs K7 ou leurs cd. Par terre, ils étalent tout un bric-à-brac qui va de la dent de requin en collier aux maracas, en passant par le poncho et la statuette inca.
Un beau soir, alors qu'elle est seule, ma mère regarde distraitement leur étal. Son regard se pose sur un magnifique pull blanc en laine. Le style de pull qui, même enterré sous la glace à -40°, vous transpirez encore dedans. Elle se dit : "Voilà un beau pull pour mes petits nenfants !"
Rentré à l'apart', elle nous le fait essayer. Ben apparemment, les péruviens, même à maturité, doivent mesurer pas plus de 1,12m, parce que ni mon frère ni moi n'arrivons à passer ne serait-ce que la tête (Rappelons qu'à l'époque, nous avions l'un et l'autre, une belle toisin de cheveux...)
Hop !! On y retourne !!! Le hic, c'est que les braves fluteurs panesques, ils parlent pas trop le français. Encore moins le néerlandais. Faut essayer en anglais, alors....
Et là, ma mère se lance, nous lachant qu'elle a des restes de l'école....
Et là... Et là....
Elle hèle le vendeur, montre le pull qu'elle vient d'acheter 1h avant et sort un " C'éééést TWAAUUW PETIIIIIIII !! "
Rhaaaalalalaaaaaa.... Cette phrase est devenue culte chez mon frère et moi... Pov' moman....
Par Boulu, Jeudi 29 Mai 2008 à 10:21 GMT+2 dans Vie quotidienne (article, RSS)







